Le 15 mai 2007 son Altesse Sheikah Mozah bint Nasser Al Missned a fait un discours au Los Angeles World Affairs Coucil sur le thème de « La Guerre contre le Cynisme : La Conquête de Jeunes Esprits ».
Dans notre monde traumatisé par la violence, la jeunesse est séduite par une culture mondiale de violence alimentée par le cynisme. Incapables de leur fournir un monde en sécurité où ils sont entendus et protégés, nous avons perdu la confiance de la jeunesse.
La montée de l’extrémisme politique au sein de la jeunesse musulmane au Moyen Orient et en Europe est imputée à l’Islam, en prétendant que l’Islam leur inculque un comportement anti-démocratique et violent. En Amérique la progression de violence chez les jeunes est présentée comme le résultat naturel d’hormones adolescents. Dans un cas comme dans l’autre la croissance de la population des jeunes est perçue comme une menace.
Plus de 50% de la population mondiale est âgé de moins de 25 ans ; nous n’avons d’autre choix que de gagner leur confiance. Pour offrir une alternative viable à l’agression et au cynisme nous devons mettre en place les conditions sociales, économiques et culturelles appropriées, faire preuve de direction vigoureuse et juste, soutenir la loi, pratiquer le principe d’égalité pour tous, et inclure les jeunes dans notre processus politique.
Il est important d’établir le lien entre pauvreté et violence. Dans la plupart des pays le taux de chômage des jeunes est de deux à trois fois supérieur à la moyenne nationale. Dans notre quête pour le développement globale nous avons perdu de vue le développement humain pour tous. Le profit économique est devenu le seul objectif, sans accompagner ce développement de cadre éthique. Notre jeunesse cherche à s’orienter. Si certains jeunes trouvent leur voie dans la société de consommation, d’autres la trouve auprès de gangs ou d’organisations extrémistes qui leur offrent ce qu’ils n’ont pas trouvé ailleurs, à savoir, un sentiment d’appartenance, une protection, et un moyen illégal de gagner sa vie.
La radicalisation de jeunes musulmans est facilitée par l’aliénation sociale et la marginalisation, alliée à un endoctrinement ciblé. Sans aucun doute les échecs de la politique américaine au moyen orient ont fourni un terrain fertile pour les groupes radicaux qui opèrent sous la bannière de l’Islam. Ils offrent aux jeunes une alternative de contre-culture : le sentiment d’appartenir à un « ummah » mondiale ou communauté des musulmans au-delà des nationalités et des tendances politiques, une autorité ostensible, et l’opportunité d’être un héro.
Epicentre culturel de la globalisation basée sur l’économie, les médias jouent un rôle certain dans la construction des héros d’aujourd’hui. La jeunesse prend comme modèle les vedettes de hip-hop, les dirigeants politiques extrémistes, et les chefs de gangs. Cette émulation ne nous mènera certainement pas vers une culture basée sur empathie, l’équité, et la résolution pacifique de conflits.
Afin d’élaborer un cadre éthique véritable, apte à évaluer et refondre notre réalité globale un revirement majeur d’archétypes est requis. Il est necessaire de faire confiance à la jeunesse pour comprendre la nécessité de vastes changements. Ils sont prompts à ouvrir le cœur et l’esprit, prêts à chercher la connaissance sans présumer de ce qu’ils trouveront, et capables de prendre position seulement après avoir écouté et évalué.
La jeunesse est dotée de facultés critiques que beaucoup d’entre nous ont perdues. Nous n’avons pas pris en considération la voix de nos jeunes qui luttaient pour être entendu. Nous n’avons pas tracé un chemin à travers ces temps instables. Nous avons suivi la tempête de la globalisation économique plutôt que de conduire son trajet avec des valeurs sociales saines et une démarche déontologique. En laissant le profit prendre le pas sur les être humains nous avons cultivé un climat de cynisme et de passivité, une société de consommation, et la survie du plus riche.
Avec un peu d’imagination nous pouvons offrir à la jeunesse des opportunités économiques plus créatives. En privilégiant l’éducation nous pouvons promouvoir la réflexion critique nécessaire à l’ouverture d’esprit qui permet à tous de se rejoindre en bonne entente. En mettant en avant les valeurs sociales à tous les niveaux de notre société, dans nos familles, et dans nos gouvernements, nous pouvons regagner la confiance de notre peuple et leur éviter de tomber dans la violence pour être entendu. Nous pouvons solliciter l’aide des médias afin de munir les jeunes d’outils pour analyser judicieusement les principes de la société de consommation, du cynisme, et de la violence qui imprègnent le monde corporatif et l’industrie cinématographique. Nous pouvons également renforcer les associations civiles de la jeunesse qui pourront accueillir les jeunes, les écouter, les valoriser, et les aider à trouver leur place dans la société.
Les jeunes, armés d’outils adéquats, pourront accomplir ce que nous n’avons pas pu faire : édifier une éthique pour humaniser la structure économique mondiale qui reconnaît d’autres compétences que celles du marché, encourage la concurrence morale en face de la compétitivité du marché, estime la paix plus que la violence, et préfère le dialogue au canon d’un fusil.